Que j'aime mon entreprise !

 

L'actualité économique nous rappelle chaque jour que les lois du marché sont inébranlables et que rien ne peut les remettre en question. Lorsqu'une entreprise perd durablement de l'argent, la logique implacable du dépôt de bilan finit par s'appliquer. Seule l'intervention des contribuables est en mesure d'enrayer le processus. Elle permet parfois de saisir des chances de redressement. Quand il s'agit d'une entreprise publique, l'Etat va jusqu'au bout. Cela a été le cas pour le Crédit Lyonnais, Air France et peut être France Télécom. S'agissant d'une entreprise privée, après avoir tout tenté, les pouvoirs publics doivent laisser faire le droit des affaires.

Les conséquences sont connues : le chômage, pour des salariés qui n'admettent pas le sort qui leur est fait. Ce qui paraît d'une grande logique à tout un chacun, devient incompréhensible pour celui qui paie de son emploi, un échec économique. Jamais, dans ces circonstances, les salariés sans distinction de niveau, se sentent aussi près de leur entreprise. En quelques jours, elle leur apparaît comme un havre de paix, un lieu paradisiaque, un endroit où ils n'imaginent plus de ne pas s'y rendre chaque matin (chaque matin, c'est trop).

C'est ainsi que l'assignation au Tribunal de Commerce est l'occasion de manifestations, pour attirer l'attention, à défaut d'influer sur le cours des événements. La machine juridique étant lancée, il faut se rabattre sur une proie. La première chose consiste à trouver des responsables car on est forcément victime de quelqu'un ou d'une institution. Ce quelqu'un doit être solvable, à quoi cela servirait-il de s'acharner sur un insolvable. Il faut donc le choisir. Chez AZF, c?est plutôt Total que l'Etat. Chez Air Lib, c'est plutôt l'Etat que les actionnaires. Que les salariés essaient de tirer le meilleur parti de leur mise au chômage, est naturel et s'appuyant sur de nombreux exemples passés, ils savent qu'ils peuvent obtenir, par la pression, plusieurs fois ce que prévoient les conventions collectives.

Jamais, ils ne s'interrogeront sur leurs propres responsabilités car, très souvent, après que les difficultés du marché aient été mises en avant, les analyses conduisent à constater des coûts de fonctionnement trop élevés ou plus élevés que chez les concurrents. Quelques dirigeants trop payés : cela arrive. Une grille salariale trop généreuse et des avantages annexes, cela arrive aussi. Et c'est au moment où l'arrêt de l'activité semble inéluctable que l?on pleure ses avantages perdus.

On est alors prêt à se battre pour son entreprise. « Nous n'avons plus rien à perdre, nous irons jusqu'au bout ! ». On ne fait pas dans la dentelle. Le cancer, l'accident de la route, la perte d'un proche, tout cela n'est rien à côté de son entreprise. On l'aime plus que tout. Elle nous appartient. On nous vole. C'est injuste, nous qui avons tant fait pour elle, pour l'Etat, pour la collectivité, ?

Evidemment, toutes ces réactions ne sont pas blâmables. Il faut bien que chacun défende ce qu'il considère son intérêt. Aussi longtemps que nous serons sous régime capitaliste, nous aurons à connaître de grandes réussites mais aussi quelques échecs et des dépôts de bilan. Les salariés accompagnent leurs entreprises dans les deux cas. Une faillite, ça peut être aussi la faute de personne mais celle d'aléas divers.

Mais pourquoi attendre les difficultés pour clamer son attachement à son entreprise. A certaines occasions, il ne serait pas honteux que les salariés disent qu'ils sont heureux et qu'ils espèrent que cela durera.

le 11 février 2003

 

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Préoccupé par une autre obligation, j'ai, un instant, envisagé d'ouvrir mon site à qui voudrait s'exprimer dans le format qui est le mien et dans le respect  des thèmes : économie, société et politique. Cela aurait permis d'ajouter des pages et de rompre avec une habitude qui peut être jugée comme une redondance.

J'y ai renoncé et j'espère, selon un rituel de 17 ans d'âge, continuer à publier quelques billets chaque mois. Donc pas de changement dans www.septiemejour.com

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Après avoir augmenté les taxes sur les carburants, le gouvernement mettra en oeuvre des moyens de réduire la dépense pour certains automobilistes. Je ne veux pas savoir ce qu'il va inventer. Qu'ils sont bons ces énarques !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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